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A 15 ans, j'ai décidé de fuguer

17.07.2017

Histoire de Fugue : Marie témoigne pour le Centre Français de Protection de l'Enfance (CFPE) Enfants-Disparus



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Placée à l’âge de 3 ans dans un foyer, ma situation était un peu délicate car je me sentais nulle part à ma place ; ni à la maison et ni au centre dans lequel je vivais avec d’autres enfants. Les années sont passées et la souffrance liée à ma situation familiale et mes difficultés scolaires ont déclenché chez moi une envie d’ailleurs. A l’époque, la vie au foyer était vraiment dure, et j’en suis sûre loin d’être semblable à ce qui est en place en ce moment pour des milliers de jeunes séparés de leurs parents. Il y avait 3/4 éducateurs pour un nombre impressionnant d’enfants, les punitions étaient courantes et on avait du mal avec ça.

A l’âge de 15 ans, j’ai donc décidé de fuguer du centre accompagné de deux copines. Trop effrayée à l’idée de partir seule dans l’inconnu, j’étais rassurée par la présence de Katie et Maude. Le 1er jour nous avons fait un parcours d’escargot en se dirigeant vers un lieu qui nous était familier : les cages d’escaliers d’un immeuble de notre cité d’enfance. Là Katie a été pris à part et emmenée dans un endroit par un homme qui semblait la connaître, elle est revenue 1h plus tard sans jamais nous raconter ce qui c’était passé mais je crains le pire. Ensuite nous avons rencontré un adulte qui nous a abordé de manière très calme en nous demandant pourquoi nous étions dans cette situation, après avoir sympathisé avec lui nous l’avons suivi dans son appartement. Il habitait dans un foyer de jeunes adultes que je connaissais très bien puisque mon frère était placé ici. Cachées ici jusqu’à la visite surprise d’une éducatrice, il nous a demandé de quitter les lieux de peur qu’on nous retrouve et qu’il soit sanctionné. Avec du recul, je me dis vraiment que nous avons eu beaucoup de chance de tomber sur un jeune homme bienveillant, il aurait très bien pu se passer mille choses !

Nous sommes restées en fugue durant 3 jours au total, le soir on dormait dans les cages d’escaliers d’immeubles et le jour on traînait, on ne faisait rien. Notre état physique et mental s’est très vite dégradé, on ne se lavait pas, dormait très mal, je n’arrive même pas à me souvenir comment on faisait pour se nourrir. Au bout de ces trois longs jours, nous sommes finalement rentrées au foyer après une dispute. Maude en avait marre, elle ne comprenait plus le sens de notre démarche, j’ai moi aussi capitulé et convaincu Katie de la suivre pour rentrer tous ensemble.

Quand nous avons regagné le foyer, on a été punis toutes les trois, pas sûre que c’était la meilleure manière pour se reconstruire après cet épisode difficile mais au moins on était au chaud, avec des lits et de quoi manger ! Même si on n’était pas écouté là où on était hébergé, on aurait dû solliciter l’aide d’un adulte de confiance, appeler le 119, se confier à un professeur à l’école...

Lorsque l’on fugue, on a l’impression que tout ira mieux, que tout sera plus vert ailleurs, qu’on pourra enfin vivre comme d’autres jeunes mais c’est tout le contraire… On ne se rend vraiment pas compte des dangers de la rue, le pire aurait pu arriver.  Après cet évènement, je peux vous dire que j’ai tranquillement attendu mes 18 ans pour aller de l’avant et vivre à ma façon.

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